Parle-nous de la Parole
7 juin 2010,
Du 7 au 12 juin 2010, c’est la semaine nationale de l’aphasie, organisée par la Fédération Nationale des Aphasiques de France (FNAF). http://www.aphasie.fr
« Alors un universitaire dit,
Parle-nous de la Parole.
Et il répondit en disant :
Vous parlez lorsque vous cessez d’être
en paix avec vos pensées; Et lorsque vous ne
pouvez demeurer dans la solitude de votre cœur,
vous existez sur vos lèvres dont le son est une
diversion et un passe-temps. Et dans la plupart de
vos conversations, la pensée se trouve massacrée.
Car la pensée est un oiseau de l’espace qui,
mis dans une cage de mots, peut à la rigueur
déployer ses ailes mais ne peut voler.
Il en est parmi vous qui recherche le bavardage
par peur d’être seuls. Le silence de la solitude
révèle à leurs yeux la nudité de leur moi,
qu’ils voudraient fuir.
Et il y a ceux qui parlent et, sans rien savoir
ni préméditer, ils révèlent une vérité qu’ils
ne peuvent eux-mêmes comprendre. Et il y
a ceux qui portent la vérité en eux-mêmes,
Mais qui ne la disent pas en mots.
Dans la poitrine de ceux-là, l’esprit habite
et rythme le silence. Lorsque vous rencontrez
votre ami sur le bord de la route ou au marché,
laissez l’esprit en vous animer vos lèvres et diriger
votre langue. Laissez la voix en vous parler
à l’oreille de son oreille ;
Car son âme gardera la vérité de votre coeur
comme l’on se souvient du goût d’un vin.
Loin la couleur et disparu le flacon.
Khalil Gibran, Le prophète
Ce poème est tiré d’un ouvrage intitulé, Une plume à mon cerveau, HISTOIRE D’UNE APHASIE, TEXTES ET DESSINS, Sabadel, éditions FABERT.
Sabadel, l’auteur de ce magnifique recueil, illustrateur professionnel, publiant ses dessins satiriques dans la presse de premier plan, est frappé en pleine force de l’âge par un accident vasculaire cérébral massif.
Aphasique, hémiplégique, privé de sa main droite pour exercer son art, il s’engage alors dans un parcours long et douloureux à la recherche des mots. Aidé par une équipe médicale hors norme, il récupère la parole par le biais de ce qui pour lui est son langage : le dessin.
Une plume à mon cerveau est l’autobiographie d’un homme qui a réinventé le verbe par l’art.
« Les dessins de Sabadel, ses textes, son histoire sont, par delà le drame et la rupture de l’accident vasculaire cérébral, un formidable espoir pour tous les aphasiques dont certains n’ont peut-être également pas perdu la clef qui active les réseaux, sans avoir eu la chance de la retrouver. Chercher les clefs, à partir du siège des lésions, et des particularités du fonctionnement du cerveau de chacun, est un objectif de recherche qui n’est plus délirant grâce aux formidables progrès de l’imagerie cérébrale. » (Yves Samson, posfacier.)
Magnifique recueil de poésie, dont je vous recommande vivement la lecture! *** ![]()









